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L’hypospadias (Deuxieme Chapitre)

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[ Hypospadias (2) ] Hypospadias (3) ]

 


L’hypospadias: Table des Matieres  

Introduction
PREMIER CHAPITRE : CONSIDERATION DE L’HYPOSPADIAS

DEUXIEME CHAPITRE : LA CHIRURGIE DE L’HYPOSPADIAS

1. Introduction

2. Conséquences de l’hypospadias

2.1. Problèmes fonctionnels

2.2. Répercutions esthétiques

3. Objectifs et principes chirurgicaux

3.1. Objectifs de la chirurgie

3.2. Principes de la chirurgie

4. Chirurgie de l’hypospadias : aperçu historique

5. Age préconisé pour la chirurgie

5.1. Quelques changements à retenir dans le « timing »

5.2. Pratique actuelle

6. Quelques aspects techniques en « hypospadiologie »

6.1.Correction de la chordée

6.2. Uréthroplasties

6.3. Reconstruction de la face ventrale du pénis

7. Complications possibles

7.1. Fistules de l’urètre

7.2. Sténoses du méat urétral

7.3. Persistance d’une chordée

7.4. Résultats esthétiques insatisfaisants

7.5. Echecs multiples

8. Pré-admission et soins post-opératoires

9. Conclusion 

TROISIEME CHAPITRE : PERSPECTIVES PSYCHOLOGIQUES, PSYCHOSOCIALES, ET PSYCHOSEXUELLES  

DEUXIEME CHAPITRE : LA CHIRURGIE DE L’HYPOSPADIAS

1. Introduction

Ce deuxième chapitre est dédié à l’abord du traitement médical. Nous verrons quelles sont les dimensions physiques entrant en compte dans la décision d’intervenir chirurgicalement et décrirons brièvement les objectifs et les principes chirurgicaux requis en ce domaine. Nous donnerons un aperçu historique de la chirurgie de l’hypospadias. Ensuite, nous passerons en revue la question de l’âge requis pour la chirurgie où nous tenterons de montrer que des changements ont eu lieu ces dernières années en ce domaine. Nous présenterons quelques techniques chirurgicales en usage aujourd’hui, et citerons certaines complications inhérentes à ce genre de chirurgie. Enfin, nous aborderons brièvement quelques éléments concernant la pré-admission et les soins post-opératoires.

2. Conséquences de l’hypospadias

2.1. Problèmes fonctionnels

En médecine, il est admis que la présence d’hypospadias risque d’entraîner un certain nombre de conséquences physiques s’il n’est pas traité par une intervention chirurgicale (Bukowski & Zeman, 2001 ; De Sy & Hoebeke, 1996). L’intervention chirurgicale est généralement  recommandée pour les formes postérieures et moyennes d’hypospadias ainsi que dans les formes distales présentant une pathologie associée (e.g., chordée).

L’existence de problèmes fonctionnels, relatifs à la miction, à la sexualité et à la procréation, a souvent été rapporté dans la littérature (Arap & Mitre ; Baskin, 2000 ; Zaontz & Packer, 1997).

L’ectopie du méat urétral peut altérer la direction du jet urinaire : selon la situation anatomique rencontrée, le jet d’urine est variablement dévié vers l’arrière, rendant la miction en position debout plus difficile. Dans les formes postérieures, la déviation du jet peut être telle qu’elle oblige l’individu à s’asseoir pour uriner.

Lors de l’atteinte de l’adolescence ou de l’âge adulte [21], la présence de chordée peut venir gêner l’activité génitale (e.g., douleurs durant les rapports).

A l’âge adulte également, la procréation peut être rendue plus aléatoire : en fonction de la localisation du méat urétral, la projection du sperme s’effectue plus ou moins vers le bas durant l’éjaculation, réduisant les chances que le liquide spermatique atteigne suffisamment l’intérieur du vagin (insémination).

2.2. Répercutions esthétiques 

Aux trois difficultés fonctionnelles mentionnées (miction, sexualité, procréation), il faut ajouter une quatrième, renvoyant à des problèmes d’ordre esthétiques.

L’apparence d’un pénis « hypospade » peut s’avérer plus ou moins différente de celle d’un pénis « normal » (Baskin, 2000 ; Sheldon & Duckett, 1987). L’aspect extérieur du pénis avec hypospadias doit être pris en compte lors de l’examen clinique, même s’il n’existe pas de difficultés physiques en regard du jet urinaire ou de la chordée [22] (Zaontz & Packer, 1997).

3. Objectifs et principes chirurgicaux

3.1. Objectifs de la chirurgie

Le traitement chirurgical vise à rétablir à l’organe uro-génital une fonctionnalité (miction, érection) et une anatomie se rapprochant le plus possible d’un pénis « normal » (Wese et al., 1994). Les objectifs sont d’obtenir, au final de l’intervention, diverses caractéristiques fonctionnelles et esthétiques (Zaontz & Packer, 1997) :

-       une verge droite (en érection) ;

-       un méat urétral situé, si possible, au sommet du gland (apex) ; 

-       une miction avec un jet droit sans déflection ;

-       un pénis esthétiquement normal. 

Le redressement de la verge est réalisé pour permettre à l’individu d’avoir, plus tard, des relations sexuelles satisfaisantes. La création d’un méat urétral localisé le plus près possible du gland, voire en position terminale de celui-ci, via l’emploi de nouvelles procédures, doit rendre possible une miction en station debout, sans déflection du jet. La position du méat urinaire crée doit également permettre une insémination du sperme pour la procréation. Enfin, l’objectif est aussi de rendre au pénis une apparence la plus proche possible de la « normale ».

3.2. Principes de la chirurgie

Selon Paparel et al. (2001), l’approche actuelle de l’hypospadias est gouvernée par trois principes fondamentaux devant, si possible, se dérouler au cours de la même étape (Paparel et al., 2001) ; à savoir :  

-       la correction de la chordée ;

-       la reconstruction du morceau d’urètre manquant ou uréthroplastie ;

-       la reconstitution de la face ventrale du pénis.

Avant d’aborder plus en détails les techniques actuellement utilisées par les urologues pédiatres spécialisés dans l’approche chirurgicale de l’hypospadias - nommé l’« hypospadiologie » (Sheldon & Duckett, 1987) - nous proposons un bref aperçu de l’historique de la chirurgie de l’hypospadias ainsi qu’un survol des principaux changements qui ont eu lieu concernant les recommandations à propos de l’âge le plus propice pour opérer.

4. Chirurgie de l’hypospadias : aperçu historique

Le traitement chirurgical de l’hypospadias représente depuis longtemps un « grand défi » (Perovic, Scepanovic, Vukadinovic et al., 2001), un véritable « challenge » (Macedo & Srougi, 1998), pour des générations de chirurgiens et d’urologues pédiatres. Et, il est fort probable qu’il le reste encore dans l’avenir.    

Si divers types de traitements chirurgicaux ont été mentionnés au cours des siècles [23], les « principes modernes » de la chirurgie de l’hypospadias n’ont seulement été décrits, pour la première fois, qu’au cours du 19ième siècle et au début du 20ième siècle, en Europe, par des chirurgiens allemands et français (e.g., Dieffenbach, 1936 et Tiersh, 1869 ; Duplay, 1874 ; Novè Josserand, 1897 ; Ombrédanne, 1923 ; Mathieu, 1932) (Smith, 1997). Les techniques en usage de nos jours proviennent d’ailleurs, en majeure partie, de modifications des découvertes réalisées par les pionniers de cette chirurgie (Santanelli, 2002).    

Les procédures chirurgicales ayant existé au cours du 20ième siècle ont été divisées en deux grands types de procédures : les techniques en « plusieurs étapes » (multistage reconstructive techniques) et les techniques en « une seule étape » (single stage reconstructive techniques).    

Dans les procédures en plusieurs étapes, une première opération était nécessaire pour corriger la chordée. L’uréthroplastie ne se réalisait qu’ensuite, nécessitant encore une ou plusieurs interventions (Horton & Devine, 1972). Ces procédures, utilisées pendant une bonne partie du siècle dernier, qui utilisaient différents greffons de peau [24] comme matériau de substitution pour l’uréthroplastie et qui multipliaient les temps opératoires, ne sont plus aujourd’hui d’actualité [25]. Dans le domaine de la chirurgie de l’hypospadias, comme l’a souligné Babut (1996, p. 64), « les idées évoluent et certains principes ont été abandonnés ». Si certains chirurgiens font encore usage de techniques « en deux étapes », celles-ci ne sont plus prônées que dans les cas d’hypospadias jugés très sévères (Ferro, Zaccara, Spagnoli & al., 2002 ; Gershbaum, Stock & Hanna, 2002).

Les procédures en une seule étape, réfèrent à des procédures chirurgicales permettant de réaliser la correction de la chordée et l’uréthroplastie en un seul et même temps opératoire. Ces procédures, faisant le plus souvent appel à des téguments péniens (e.g., peau provenant du pénis ou du prépuce), furent introduites durant les années 1960, puis, popularisées aux environs des années 1980 (Lottman, 1998). Elles n’ont depuis cessées d’être remaniées et subtilement améliorées (Belman, 1997). Ces dernières années, la réparation de l’hypospadias a connu des évolutions sans précédents. Les reconstructions, qui étaient au départ purement fonctionnelles, sont aujourd’hui combinées à des réparations esthétiques toujours plus poussées (voir, par exemple, Hoebeke, De Kuyper et Van Laeke, 2002).  

5. Age préconisé pour la chirurgie

5.1. Quelques changements à retenir dans le « timing » 

Initialement, les interventions chirurgicales reconstructrices de l’hypospadias étaient pratiquées durant l’enfance, voire même postposées jusqu’à l’entrée de l’adolescence (Ellsworth et al., 1999). Ce n’est qu’aux environs de la seconde moitié du 19ième siècle que certains chirurgiens nord-américains ont proposés que les opérations puissent êtres réalisées avant l’entrée des enfants à l’école primaire, pour leur permettre d’uriner debout dans les cabinets de garçons (Culp, 1951, cité dans Mills, McGovern, Coleman et al., 1981). L’idée d’opérer les garçons nés avec hypospadias avant qu’ils n’entrent à l’école s’est principalement répandue aux Etats-Unis où elle a été acceptée comme une pratique courante jusque la fin des années 1970 (Hodgson, 1981). A cette époque, d’après l’Académie Américaine des Pédiatres (American Academy of Pediatrics [AAP], 1975), les considérations techniques restaient de première importance [26].   

Toutefois, au début des années 1980, deux publications sont apparues concernant les possibilités techniques de débuter les actes médico-chirurgicaux chez des enfants en bas-âge (Belman et Kass, 1982 ; Manley et Epstein, 1981). De plus, à la même époque,  aux changements techniques concourrant à un abaissement de l’âge requis pour les opérations, s’y sont ajoutées d’autres, se rapportant cette fois à des facteurs d’ordre psychologiques. Vers le milieu des années 1970, Robertson et Walker (1975)  avaient pu observer que les enfants candidats à la chirurgie de l’hypospadias, et leurs parents, pouvaient être anxieux face aux procédures chirurgicales utilisées ou par rapport à la condition de l’hypospadias en elle-même (Roberston & Walker, 1975). A la fin de ces années, Lepore et Kesler (1979) ont relaté un pattern spécifique de comportements négatifs dans un groupe d’enfants qui venaient de se faire opérer. Les auteurs alertaient la communauté médicale des dangers que pouvait comporter une chirurgie génitale réalisée aux environs de 3 ans sur le bien être psychologique.     

Vers ces mêmes années, la publication d’un article de Schultz, Klykylo et Wacksman (1983) contribua encore davantage à revoir le moment de l’opération. Ces auteurs ont principalement insisté sur le fait que l’impact psychologique de l’hypospadias, ou de sa réparation, n’était pas le même suivant l’âge considéré. D’après une revue de la littérature de l’époque, Shultz et al. (1983) ont suggérés - en regard du développement émotionnel et cognitif, et de l’émergence de l’image corporelle et de l’identité sexuelle - que les interventions devraient être pratiquées pendant la première année de la vie de l’enfant. Toujours selon eux, il faudrait pouvoir faire en sorte que la séparation parents-enfants soit diminuée durant l’hospitalisation, mais aussi fournir un  accompagnement parental visant à rassurer ceux-ci et leur permettre d’extérioriser d’éventuelles anxiétés, inquiétudes ou sentiments de culpabilité souvent présents.

Les considérations d’ordres psychologiques abordées il y a trente ans par Shultz et al. (1983), ainsi que celles se rapportant aux avancées technologiques dans le domaine de l’ « hypospadiologie », ont été reprises dans un article plus récent émanant de l’Académie Américaine des Pédiatres (American Acamemy of Pediatrics [AAP], 1996). D’après l’AAP (1996), il est devenu techniquement possible (e.g., emploi de loupes et de grossissement optiques, micro-instrumentation, matériaux de sutures délicats) d’opérer quasiment toutes les formes d’hypospadias rencontrées chez de très jeunes enfants (e.g., progrès en anesthésie) et ce, en minimisant la durée de l’hospitalisation et la séparation parentale [27] et le nombre d’opérations requises (e.g., procédures en une étape). Selon l’AAP (1996) - pour qui le développement émotionnel, cognitif, et l’image corporelle peuvent être profondément affectés tant par la condition génitale que par l’expérience de sa chirurgie - le « meilleur moment » pour intervenir se situe entre 6 et 12 mois d’âge.

5.2. Pratique actuelle

La pratique actuelle, en Amérique du Nord, est de réaliser ce type d’interventions chirurgicales entre l’âge de 6 et 18 mois (AAP, 2000). Cependant, il n’existe toujours pas de véritable consensus international sur la question : en France, par exemple, certains chirurgiens préfèrent attendre un peu et ne débuter l’opération qu’à partir d’an ou deux (Paparel et al., 2001). Quoiqu’il en soit, la tendance est d’intervenir chirurgicalement de plus en plus tôt, en un minimum d’opérations possibles et dans un laps de temps limité, afin de diminuer l’impact psychologique que peut prendre cette condition ainsi que l’expérience de sa chirurgie (Arap & Mitre, 2000 ; Baskin, 2000 ; Paparel et al., 2001).

6. Quelques aspects techniques en « hypospadiologie »

Au fur et à mesure du temps, les chirurgiens et les urologues pédiatres ont mis au point un nombre impressionnant de techniques permettant de réparer l’ensemble des formes d’hypospadias pouvant être rencontrées. Lorsque considérées globalement, il est estimé que plus de 300 techniques (variantes comprises) ont été décrites dans la littérature pour la correction de l’hypospadias (Arap & Mitre, 2000).

6.1.Correction de la chordée 

Le choix d’une technique d’uréthroplastie être réalisée qu’après avoir pratiquer une correction de la chordée (De Sy, 1996a). Différentes techniques visant à redresser le pénis ont été décrites (voir Baskin, Duckett & Lue, 1996 ; Hayashi, Kojima, Mizuno et al., 2002). La présence de chordée étant généralement plus visible lorsque le pénis est à l’état d’érection que de flaccidité, celle-ci peut être mise en évidence, chez de jeunes enfants, à partir d’un test d’érection artificielle provoquée par injection de sérum physiologique (Wese et al., 1994). L'épreuve d’érection artificielle permet de juger de la qualité du redressement, tout au long de  l’intervention (Baskin et al., 1996 ; Hayashi et al., 2002).

6.2. Uréthroplasties

Selon De Sy (1996a), le choix d’une technique particulière d’ « uréthroplastie » est dépendant de facteurs physiques présents dans l’hypospadias (e.g., association de chordée, localisation et aspect du méat urétral, forme et volume du gland, qualité de la peau ventrale recouvrant l’urètre, largeur de la plaque urétrale, quantité de peau préputiale disponible). Pour Wilcox et Ransley (2000), les techniques disponibles peuvent êtres synthétisées en 4 grands groupes.

Les techniques dites d’avancement de l’urètre font référence à des procédés d’ajustement de l’extrémité distale du pénis, employées dans la réparation des formes antérieures d’hypospadias, sans association de chordée. L’une des techniques d’avancement des plus populaires fut la technique d’ « avancement et de glanuloplastie incorporée » ou MAGPI [28], apparue dans les années 1980’s (Sheldon & Duckett, 1987). Toutefois, les résultats esthétiques de la réparation chirurgicale de l’hypospadias par le MAGPI étant partagés [29], cette technique tend à être abandonnée par les urologues pédiatres (Paparel et al., 2001). D’autres techniques ont, dès lors été, proposées dans la réparation des formes antérieures d’hypospadias, telle la « procédure d’approximation du gland » ou GAP [30] (Zaontz, 1988, cité par Gittes, Snyder & Murphy, 1998). Citons aussi la technique dite de « mobilisation de l’urètre avec avancement » [31] (Koff, 1981, cité dans Atala, 2002). 

Les techniques dites de tubularisation [32] de la plaque urétrale [33] ont été décrites par les pionniers de la chirurgie de l’hypospadias il y a près d’un siècle et demi (Duplay, 1874). Quelque peu oubliées, elles n’ont été redécouvertes qu’aux environs des années 1980, puis largement popularisées durant les années 1990 (Wilcox & Ransley, 2000). Le principe général de ces techniques est, comme leur nom l’indique, d’utiliser la plaque urétrale qui, une fois conservée, peut-être « tubularisée » sur elle-même jusqu’au sommet du gland (Bouhafs, Mege, Dubois et al., 2002 ; Mege, Pelizzo, Dubois et al., 1999). Lorsque la plaque urétrale est trop étroite réaliser sa tubularisation, un principe introduit par un chirurgien du nom de Snodgrass (1994) permet de parer à cette limite : une incision longitudinale sur toute sa longueur provoque un élargissement de la plaque urétrale, celle-ci pouvant ensuite être tubularisée. La technique de Snodgrass, d’abord employée pour la réparation des hypospadias antérieurs, s’est par la suite étendue aux formes postérieures de l’hypospadias (Cendron & Ellsworth, 1999 ; Snodgrass, 1999 ; Snodgrass & Lorenzo, 2002a ; Sugarman, Trevett & Malone, 1999). La technique d’uréthroplastie par « incision de la plaque urétrale tubularisée » ou TIP [34] est de nos jours l’une des plus populaires dans la réparation chirurgicale de l’hypospadias (Cheng, Vemulapalli, Kropp et al., 2002 ; Snodgrass & Nguyen, 2002b).

Les techniques dites des lambeaux vascularisés consistent en la création d’un nouveau tube urétral en utilisant divers lambeaux de peau directement prélevés sur le pénis. Citons à ce propos la « technique de Mathieu » [35] (modifiée) pour la réparation des hypospadias antérieurs (Hoebeke, Boemers & De Jong, 1996 ; Ravasse, Petit & Delmas, 2000). D’autres techniques ont été proposées lorsqu’une chordée est présente. Citons à ce propos celle dite du « lambeau préputial transversal pédiculé » [36] pour la réparation des hypospadias antérieurs et moyens (Duckett, 1981, cité dans De Sy, 1996b), ou encore la technique dite du « lambeau préputial transversal pédiculé tubulaire » [37], une technique de remplacement complet de l’urètre, utilisée pour la réparation des hypospadias postérieurs (Duckett, 1980, cité dans Hayashi, Kojima, Nakane et al., 2003).

Les techniques utilisant des greffons de lambeaux libres, prônées durant une grande partie du 20ième siècle, ne sont plus aujourd’hui indiqués que dans une minorité de cas : les formes très postérieures d’hypospadias (e.g. périnéales) (Ferro et al, 2002 ; Meyer et al., 2002), et les hypospadias multi-opérés où la peau provenant du pénis (e.g. peau préputiale) n’est plus utilisable (van der Werff & van der Meulen, 2000). Ajoutons que certaines techniques actuelles font de plus en plus souvent appel de la muqueuse buccale [38] pour réaliser les greffes (Caldamone, Edstrom, Koyle et al., 1998 ; Hensle, Kearney & Bingham, 2002).

6.3. Reconstruction de la face ventrale du pénis

La troisième étape de cette chirurgie renvoie à une reconstitution de la face ventrale (ou radius) du pénis (Paparel et al., 2001). Cette dernière étape est généralement incorporée au sein même des techniques actuelles d’uréthroplasties [39]. La reconstitution peut-être réalisée à travers trois techniques chirurgicales. Nous les citons, sans les détailler :  

-       un remodelage du méat urétral (méatoplastie) et de la face ventrale du gland (glanuloplastie) ;

-       une reconstitution du collier muqueux autour du gland. La reconstitution du collier muqueux est une technique permettant d’obtenir un pénis dont l’apparence se rapproche très fortement d’un pénis normal circoncis (Kolligian & Firlit, 2000) ;

-       une couverture cutanée correctement vascularisée.

7. Complications possibles

Bien que les objectifs de la réparation de l’hypospadias vise à obtenir, au final, un pénis normal sur les plans de la miction, de l’érection et de l’apparence, il est bien connu que ce type de chirurgie comporte un certain nombre de complications possibles (Paparel et al., 2001 ; Wilcox & Ransley, 2000). Voici un aperçu de quelques unes d’entres-elles.

7.1. Fistules de l’urètre 

L’unes des complications les plus communément rencontrées après intervention chirurgicale de l’hypospadias est la fistule de l’urètre. Caractérisée par un écoulement d’urine au niveau de la face ventrale du pénis, une fistule urétrale risque de provoquer une gène durant la miction (Dubois, Pellizo, Nasser et al., 1998). Cette complication peut survenir dans les (six) premiers mois suivant l’opération ou bien même, des années plus tard. Parfois, les fistules se referment spontanément. Cependant, si cette complication persiste, il est possible d’envisager une nouvelle prise en charge chirurgicale, selon l’importance de cette dernière (e.g. taille de la fistule, fistules multiples) (Elbakry, 2001 ; Shankar, Losty, Hopper et al., 2002). Certaines fistules étant plus complexes à refermer que d’autres, leur réapparition nécessite alors de faire appel à des procédés chirurgicaux spécifiques (Richter, Pinto, Stock & Hanna, 2003).

7.2. Sténoses du méat urétral

Une seconde complication est la sténose du méat et de l’urètre. Plus rares que les fistules, les sténoses consistent en un rétrécissement du méat urétral, ce qui a pour conséquence de provoquer une diminution du jet urinaire pendant la miction (Ellsworth et al., 1999). Cette complication peut aller jusqu’au développement de graves problèmes, par l’impossibilité de vider complètement la vessie (e.g. endommager le haut appareil urinaire, infection urinaires). Une sténose peut être traitée par voie manuelle (dilatation à l’aide d’une sonde) ou chirurgicale (méatotomie) (Wilcox & Ransley, 2000).

7.3. Persistance d’une chordée

Une troisième complication renvoie à la persistance de la chordée. En général, cette complication est due à sa correction inadéquate au moment de la première opération. Cette complication est devenue de moins en moins fréquente grâce au développement de nouvelles techniques chirurgicales d’orthoplastie et la possibilité de vérifier le redressement du pénis tout au long de l’intervention (Wilcox & Ransley, 2000).

7.4. Résultats esthétiques insatisfaisants 

Une quatrième complication est relative à des résultats esthétiques décevants. La qualité esthétique de la réparation peut, par exemple, être compromise par la présence de points de suture irréguliers ou un excès de peau à la face ventrale du gland (jabot) (Paparel et al., 2001). En regard de l’objectif esthétique (donner au patient un pénis qui se rapproche le plus possible d’une apparence normale), d’autres complications peuvent encore être mises en évidence. Ainsi, même après la chirurgie, le méat urétral peut être situé plus bas qu’à l’apex du gland ou bien avoir une forme circulaire au lieu d’être orienté verticalement (fente) (Holland, Smith, Ross & Cass, 2001). Afin d’évaluer les résultats esthétiques des réparations pratiquées, certains urologues pédiatres ont, par exemple, proposés un « système d’analyse objectif » utilisant des clichés photographiques pris à divers moments de l’intervention (juste avant, juste après, et entre 3 mois et 1 an après) (Baskin, 2001).

7.5. Echecs multiples

Une cinquième complication fait référence à des échecs multiples des opérations ayant conduit à ce que les auteurs francophones nomment des « estropiés » [40] ou « désastres » de l’hypospadias (Paparel et al., 2001). Cette terminologie est relative à des garçons ou des hommes qui, même s’ils ont été opérés plusieurs fois [41], connaissent encore des problèmes fonctionnels et/ou esthétiques majeurs (e.g. recul du méat, tissus mal cicatrisés, persistance d’une cordée ou de fistule(s), sténose du méat) (van der Werff & van der Meulen, 2000).

8. Pré-admission et soins post-opératoires

Etant donné que la population candidate à la chirurgie de l’hypospadias est le plus souvent composée d’enfants en bas-âge, les parents doivent pouvoir bénéficier de diverses informations avant de donner leur consentement à l’opération pratiquée chez leur enfant (Ellsworth et al., 1999). Les informations fournies en pré-admission sont notamment relatives aux procédures chirurgicales utilisées et à leurs objectifs, aux risques et complications associés à telles procédures, à la durée de l’hospitalisation.   Les informations en pré-admission concernent aussi les soins post-chirurgicaux (Sanders, 2002). Les parents doivent être informés qu’un cathéter (sonde) sera probablement laissé pendant quelques jours en place, suite à l’intervention, afin de récolter les urines provenant de la vessie (drainage des urines) (Mondet, Johanet, Larroquet et al., 1999). Ceux-ci doivent également savoir qu’après l’intervention, le pénis sera recouvert d’un pansement adapté, dont l’application est recommandée pour plusieurs raisons : tenir le pénis stabilisé, permettre une meilleure cicatrisation des tissus, assurer une stérilité à la plaie, réduire le risque de saignement en gardant une pression modérée et maintenir la sonde dans une position correcte (Searles & Mackinnon, 2001).

9. Conclusion

Parallèlement à la compréhension de son étiologie physique, le traitement chirurgical de l’hypospadias, ou hypospadiologie, reste l’un des centres d’intérêt les plus représentés dans la littérature médicale. Les centaines de procédures chirurgicales qui ont été inventées depuis plus d’un siècle et demi témoignent de l’attrait des chirurgiens et, plus récemment, des urologues pédiatres concernant cette condition.   L’un des objectifs principaux de la chirurgie de l’hypospadias a longtemps été  d’améliorer les aspects fonctionnels du pénis : permettre une miction en position debout et des relations sexuelles satisfaisantes (pénis droit). Depuis quelques années, les spécialistes de cette chirurgie tentent également de rendre au pénis une apparence qui se rapproche le plus possible d’une certaine « normalité » esthétique. Si certaines techniques permettent aujourd’hui la création d’un méat urétral en position terminale, beaucoup d’entre-elles donnent encore, au final, un pénis d’apparence circoncis.

Un autre changement important concerne l’âge requis pour le traitement chirurgical. Il est devenu courant de conseiller l’intervention le plus tôt possible afin d’éviter certaines conséquences émotionnelles relatives au fait de porter une déficience congénitale du pénis ou bien, à l’expérience de la chirurgie. Certains efforts semblent par ailleurs avoir été placé, dans ce contexte, sur l’accompagnement des parents pendant le processus pré et post-opératoire. L’un des objectifs principaux est de préparer ces derniers à l’événement de la chirurgie, en leur fournissant principalement des informations sur les procédures chirurgicales utilisées, la durée de l’hospitalisation, les complications possibles, et les soins post-opératoires requis.

Ce parcours de la littérature médicale montre que l’hypospadias y est surtout étudié au plan physique. Cependant, il existe un troisième axe de la littérature portant, cette fois, une certaine attention aux conséquences des traitements sur le vécu psychologique, psychosocial et psychosexuel des individus opérés d’hypospadias. C’est à cet axe, extrêmement moins représenté dans la littérature, que nous allons nous intéresser dans le prochain chapitre.


PREMIER CHAPITRE : CONSIDERATION DE L’HYPOSPADIAS

DEUXIEME CHAPITRE : LA CHIRURGIE DE L’HYPOSPADIAS  

TROISIEME CHAPITRE : PERSPECTIVES PSYCHOLOGIQUES, PSYCHOSOCIALES, ET PSYCHOSEXUELLES


[21] Notons que seul un nombre restreint de publications ont abordé les conséquences physiques de l’hypospadias, lorsqu’il est resté non opéré, sur la sexualité et sur la procréation à l’âge adulte (voir, par exemple, Moudouni, Tazi, Nouri et al., 2001 ; Viville, 1993).

[22] Dans les cas simples d’hypospadias, une correction esthétique devrait toutefois n’être envisagée qu’après avoir amené une discussion sur les aspects psychologiques liés à la présence d’hypospadias ainsi qu’une  clarification de l’absence d’indication fonctionnelle.

[23] Les premières formes de traitement remontent au 1er et au 2ième siècle avant J.C., où les chirurgiens amputaient le pénis jusqu’au niveau du méat et cautérisaient ensuite la plaie au fer chaud ! (De Sy & Hoebeke, 1996; Smith, 1997 ; Zaontz & Packer, 1997).

[24] Citons à ce propos l’emploi de la peau scrotale (Cecil, 1932, cité par Horton & Devine, 1972), de la muqueuse vésicale (Marshall & Spellman, 1955, cité par Coleman, 1981) ou bien de la peau provenant du pénis (Denis Browne, 1949, cité par Gearhart & Witherington, 1979) pour réaliser les uréthroplasties.

[25] En effet, selon Paparel et al. (2001), le remplacement de l’urètre manquant par l’emploi de ces différents greffons se soldait souvent par des résultats insatisfaisants, et par un nombre d’interventions chirurgicales beaucoup trop élevées (échecs à répétition). Cette période fut même nommé l’« âge sombre de la chirurgie de l’hypospadias » (dark age of hypospadias surgery), tellement des « désastres » sont apparus !

[26] La raison de l’attente était surtout « stratégique » : les chirurgiens devaient disposer d’une réserve de peau suffisante pour parvenir à une reconstruction de l’urètre « qui puisse tenir ». Celle-ci ne débutait alors qu’aux environs de trois ans, voir plus tard (AAP, 1975).

[27] Lorsque les reconstructions en plusieurs étapes étaient de règle (AAP, 1975), celles-ci étaient le plus souvent séparées par un intervalle de 6 à 12 mois, et les enfants restaient plusieurs jours (entre 5 et 14 jours) à l’hôpital après chaque intervention ; bien souvent, des chambres permettant aux parents de rester auprès de leurs enfants n’étaient pas prévues. D’après l’AAP (1996), l’exigence d’une hospitalisation post-opératoire de plusieurs jours tend à être remplacée par des procédures permettant aux patients de regagner leurs domiciles le jour même (outpatient procedures) ; si un séjour est requis, beaucoup de centres pédiatriques prennent soin de minimiser le temps de séparation et d’offrir des chambres adaptées à cet effet.

[28] MAGPI: Meatal Advancement and Glanuloplasty Incorporated. Procédure chirurgicale consistant à ouvrir le gland par une incision longitudinale, puis à suturer verticalement les deux ailes de celui-ci. Cette manœuvre à pour conséquence de créer un aplatissement du gland et de remonter le méat urétral jusqu’au niveau de l’apex du gland (Sheldon & Duckett, 1987).

[29] En effet, plusieurs auteurs ont constatés une régression ou recul secondaire du méat après utilisation du MAGPI (Paparel et al., 2001).

[30] GAP : Glans Approximation Procedure. Cette technique vise à un rapprochement des berges du gland. Son indication est limitée à des hypospadias dont le méat est large et profond (Gites et al., 1998).

[31] Le principe de cette intervention est de faire usage de l’élasticité de l’urètre pour amener celui-ci, par « translation » vers l’avant, en bonne position (apex du gland) (Atala, 2002).

[32] Tubularisation : création d’un nouveau tube urétral (néo-urètre) par l’enroulement du tissu autour d’une sonde urétrale et suturé sous forme de tube (Wilcox & Ransley, 2000).

[33] Embryologiquement, la plaque urétrale donne naissance à l’urètre pénien. Dans le cas de pénis hypospades, la plaque urétrale représente une entité anatomique importante : il s’agit d’une muqueuse urétrale lisse de dimension variable, qui s’étend du méat hypospade  jusqu’au niveau du gland (Perovic et al., 1999). Des études anatomiques ont démontré que son utilisation convient très bien à la fabrication d’un néo-urètre : cette structure est exempte de poils, est richement vascularisée et innervée, et possède de bonnes composantes musculaires et conjonctives (Erol, Baskin, Li & Liu, 2001).

[34] TIP: Tubularized Incised Plate Uretroplasty.

[35] La technique de Mathieu (1932) a été considérée comme une technique de référence pendant une bonne partie du 20ième siècle dans la réparation des hypospadias antérieurs (sa limite d’indication est l’hypospadias pénien moyen). Son principe général est le suivant : un lambeau de peau, prélevé sur la ventrale du pénis, est décollé, basculé vers l’avant, et ensuite suturé sur les berges de la gouttière urétrale pour créer le nouveau conduit (Ravasse, Petit & Delmas, 2000).

[36] La technique dite du « lambeau préputial pédiculé » est plus connue sous l’appellation d’ « Onlay-Island Flap ». Son principe général est le suivant : un lambeau de peau du prépuce est disséqué et mobilisé sur un pédicule isolé dans le tissu sous-cutané dorsal du pénis. Il ensuite basculé sur la face ventrale de la verge et suturé en ‘patch’ sur la gouttière urétrale pour constituer un canal qui va jusqu’à l’apex du gland (De Sy, 1996b).

[37] Cette technique, plus connue sous l’appellation de « Transverse Preputial Tubularized Island Flap », est employée lorsque la plaque urétrale a du être disséquée pour redresser le pénis. Son principe général est le suivant : un lambeau de prépuce est tubulisé puis pédiculé sur ses vaisseaux. Il est ensuite transposé ventralement pour former l’entièreté du néo-urètre (Hayashi et al., 2003).

[38] Muqueuse buccale : muqueuse prélevée soit à la face interne de la joue, soit au niveau de la face interne de la lèvre supérieure.

[39] Notons que certaines techniques nouvelles comme le GRAP (Glanular Reconstruction And Preputioplasty) (Gray & Boston, 2003), permettent une reconstruction combinée du gland et du prépuce (préputioplastie) lors de la réparation d’hypospadias antérieurs. Une reconstruction du prépuce peut être pratiquée pour plusieurs raisons : esthétiques, de convenance personnelles ou bien encore culturelles (Bruézière, 1996 ; Klijn, Dik & de Jong, 2001).

[40] Dans la littérature anglo-saxonne ce terme est connu sous l’appellation d’ « hypospadias cripples » (Stecker, Horton, Devine & McCraw, 1981).

[41] Souvent ces nombreuses opérations sont le résultat d’une accumulation de fautes techniques, de dissections traumatiques, de l’utilisation de lambeaux mal vascularisés, de mauvaises sutures ou encore, d’infections post-opératoires (Paparel et al., 2001).